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SURFACES COMESTIBLES DESIGN À MANGER

par Pierre HIVERNAT

Bouygues Télécom, Pierre Hermé, Louis Vuitton ou Labeyrie, le designer Germain Bourré fréquente du beau monde. Pourtant, à discuter avec lui, on s’aperçoit rapidement que ce qui l’anime n’est pas forcément lié à des noms de clients prestigieux, mais plus à des projets où l’humain participe activement à son développement durable. Et pour ça, quoi de mieux que d’ajouter de l’alimentaire à son quotidien? C’est tout le sens de l’installation fongique qu’il va faire évoluer pendant plusieurs mois pendant et après le festival #ENSEMBLE! « Enrichir votre histoire en cultivant vos racines », telle est sa devise. 

« L’idée de cette installation répond à une problématique technique, la contrainte du peu de lumière dans l’espace qui a été choisi, et au thème même du Festival, notre rapport à la nature à travers le mycélium qui est un parfait modèle naturel du faire ensemble. » Au delà de la jolie métaphore, dans la pratique le de- signer ne peut pas se contenter d’un discours sociétal. Germain Bourré n’a rien du designer qui conçoit des objets esthétiquement parfaits mais sans utilité pour l’homme. « On a travaillé avec La Boîte à Champignons sur les pleurotes qui ont pour caractéristique principale de pouvoir résister à de grosses chaleurs, comme on risque d’en avoir cet été à Paris. Les champignons poussent dans un substrat composé de copeaux de bois, de carton et de café broyé. L’équilibre est important pour la puissance gustative car le champignon doit lutter contre le café et développer ainsi des arômes spécifiques. On a aussi travaillé sur la mobilité des volets sur lesquels les champignons poussent a n de pouvoir répondre aux variations d’humidité, de vent ou de soleil. » Et l’installation est remarquable par son approche des différentes échelles. D’abord une vision architecturale, avec ces grandes structures de plus de huit mètres de haut suspendues comme des cabanes et, ensuite, dans un champ plus restreint, une toile composée au recto de milliers de champignons-pixels et au verso d’images projetées qui permettent de voir cette nature en macrophotographie. Alors, tout ça pour quoi ? « Cet ensemble est en fait dessiné comme un outil de recherche. À l’issue de l’été, on tirera les conclusions de l’expérience pour définir des applications potentielles. » Sans doute pour des espaces publics, mais aussi pour chez soi. À la fin du Festival, l’installation investit aussi l’entrée de la Cité et se transformera, pendant la PARIS DESIGN WEEK, du 8 au 16 septembre.

© Brigitte Baudesson - DR - Les Docks Cité de la Mode et du Design

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