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Culture

Peter Knapp La classe de l'inclassable

par Anne ÉVEILLARD

« Le système éducatif suisse incite à aller finir ses études ailleurs. » C’est ce qui a amené Peter Knapp, fraîchement diplômé de l’École des Arts Décoratifs de Zürich, à intégrer les Beaux-Arts à Paris en 1951.

« Je ne voulais plus être graphiste, mais peintre. » Ses premiers « petits » jobs : « Les sculpteurs César et Dmitrienko me demandaient de réaliser les affiches de leurs expos.» Il va aussi travailler pour le Nouveau Femina, les Galeries Lafayette, créer le logo de la NRF, puis celui du journal Elle. Nous sommes en 1960 : Hélène Lazareff, la fondatrice du Elle, en confie la direction artistique à Knapp. Un poste qu’il va occuper jusqu’en 1966, puis de 1974 à 1978. « Ces temps-là étaient très créatifs en France», se souvient le photographe. Il cite Roger Tallon, Claude Parent, Jean Prouvé, Courrèges et Roger Nimier dont il partageait le bureau «et qui, parfois, répondait au courrier des lectrices»: «Tout sentait la modernité.» Même les mannequins cabines n’avaient plus leur place sur les shootings : « Hélène Lazareff faisait poser des filles rencontrées chez le coiffeur ou à des vernissages. Des filles repérées en ballerines ou en pantalon... Des signes qui marquaient la fin de la haute couture. » Knapp parle d’élégance et d’allure : « Le vêtement était l’information et le comportement qu’il impliquait, la bonne pose qu’il inspirait, ramenait de la réalité. Pour ma part, j’allais dans le sens du mouvement: c’est ça qui fait vivre le vêtement.» Dans les années 1970, Knapp poursuit sur cette même vague de liberté et légèreté mêlées. Pour le Elle, mais aussi pour Vogue, Stern et le Sunday Times, où la mode était couverte par des journalistes des « infos générales ». Une prise de recul en accord parfait avec le regard multiple de Knapp, photographe, graphiste, peintre et réalisateur : on lui doit notamment des documentaires pour l’émission culte Dim, Dam, Dom, produite par Daisy de Galard. « C’était l’époque où Hélène Lazareff pestait s’il n’y avait pas au moins deux heures de lecture dans chaque numéro du Elle », raconte Knapp qui aujourd’hui shoote toujours, « mais avec mon iPad ». « Photographier avec une tablette, c’est comme faire du 20 x 25 », dit-il à 87 ans, de retour d’un week-end de ski sur les pistes suisses, qu’il a dévalées... comme un jeune homme.