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Quentin qui ?? Tout ce qu'il faut savoir sur Quentin Blaise-Nicolas, jeune commissaire de l'exposition « Scènes de Mode », présentée à la Cité de la Mode et du Design jusqu’au 29 juillet. Rencontre.

by Inès Kokou

Après les photographies de Peter Knapp, la Cité de la Mode et du Design accueille «Scènes de Mode». Derrière cette exposition, Quentin Blaise-Nicolas, 26 printemps. Entretien avec un jeune collectionneur, bien décidé à faire souffler un vent de fraicheur sur le monde très codifié des expositions de mode. 

Quentin Blaise-Nicolas, est un jeune homme relativement discret. Nous l’avons souvent croisé en sweat à capuche, jogging et dad shoes, cultivant un no look plus ascétique que modeux, celui de quelqu’un qui connait la valeur des trésors. Ses trésors, il les expose aussi sobrement que son look, à la Cité, jusqu’au 29 juillet. Avant de commencer l’entretien, on lui demande une visite commentée, mais Quentin n’aime pas les grands discours. Il préfère l’immédiateté, celle qui frappe par l’évidence et la simplicité, sans faux semblants. On l’imagine avoir sélectionné les pièces de l’exposition, en jouant à un grand Memory de la mode : Un kimono Cristóbal Balenciaga de 1957 rencontre une blouse d’hospitalisation, une cape Jacques Doucet de 1890 dialogue avec un tailleur Alexander McQueen de l’été 1999. Rencontre.


Cité de la Mode et du Design : Qui est Quentin Blaise-Nicolas ?
Quentin Blaise-Nicolas : Je suis passionné de mode depuis mes 9 ans, lorsque pendant un voyage familial à Anvers je suis tombé en admiration devant plusieurs expositions regroupées sous le nom « Mode 2001 Landed Geland ». À partir de 14 ans j'ai effectué plusieurs stages dans la maison Chanel et j'ai ensuite obtenu un master à l'école des Beaux-Arts de Nantes.

Comment se retrouve -t- on a 26 ans à présenter sa première exposition à la Cité de la Mode et du Design ?
Quand j'ai commencé à développer mon projet d'exposition, les lieux que je sollicitais n'avaient évidemment rien à voir avec le type de lieu qu'est la Cité de la mode, je ciblais des lieux plus petits et moins connus. Je pense que ce qui leur a plu est la qualité des pièces sélectionnées et le côté ludique de l'expo...

 



 

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« J'avais envie que l'on rentre dans l'expo comme dans un grand jeu de comparaison »
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Qu’avez-vous voulu montrer avec cette expo ? À quel public « Scènes de Mode » s’adresse -t- elle ?
L'exposition est organisée en une succession de duos de vêtements. Chacun de ces duos rapproche par le biais d'un détail ou d'une forme commune deux vêtements d'époques différentes ou alors un vêtement et un objet du quotidien. Certains de ces rapprochements sont évidents, certains plus secrets et d'autres ont un côté plus poétique voir humoristique. Je voulais que le visiteur se prenne à débusquer qu'est ce qui rapproche ce vêtement de celui d'à côté, qu'est ce qui fait que cette chaussure extraordinaire et ce tire-bouchon sont présentés l'un à côté de l'autre...J'avais envie que l'on rentre dans l'expo comme dans un grand jeu de comparaison. Ces rapprochements entre les vêtements sont purement subjectifs car c'est moi qui les ai faits (ce n'est pas un état des lieux des inspirations de tel ou tel couturier) mais je crois que le côté ludique de l'expo la rend accessible au plus grand nombre. Je voulais aussi que le spectateur ne soit pas assommé par d'innombrable cartels explicatifs, qu'il n'y ai qu'un seul texte qui expose la démarche générale et qu'ensuite la déambulation se fasse librement au sein de deux salles : l'une plus « sérieuse » se concentrant sur les vêtements et l'autre plus « libre » avec des confrontations entre vêtements et objets du quotidien.

Combien de pièces compte votre collection ? Quelle est votre dernière acquisition et celle dont vous êtes le plus fier ?
Elle compte environ 200 pièces acquises sur environ 12 ans puisque j'ai commencé ma collection à l'âge de 14 ans. Les premières pièces que je collectionnais étaient des vêtements de fripes, pas mal de choses des années 70, et beaucoup de vieilles fourrures mitées ! Ma dernière acquisition est un magnifique tailleur de Cristóbal Balenciaga de 1957 que j'ai eu pour très peu cher car la doublure est en lambeaux mais miraculeusement l'extérieur est impeccable. Celle dont je suis le plus fier est un manteau d'Opéra vert d'eau de Cristóbal Balenciaga, à chaque fois que je le regarde je suis impressionné par le fait que sa construction est très simple et qu'il réussit pourtant à provoquer une émotion immédiate et très forte.

Vous êtes plutôt Leboncoin, vide-grenier ou salle des ventes ?
Je n'ai jamais essayé les salles des ventes car souvent les prix sont beaucoup trop élevés pour moi. Avant c'était plus vide-grenier maintenant d'avantage Leboncoin où l'on peut parfois trouver (en cherchant très, très longtemps) des pièces exceptionnelles à des prix incroyables. Cela reste rare mais, si vous avez un peu de chance, vous pouvez tomber sur quelqu'un qui veut à tout prix se débarrasser rapidement du stock de vêtements de sa chère belle-mère, dans lequel se niche un trésor bien caché...

 

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« Les formes de la mode de 2018 sont nouvelles, mais elles sont au fond, plus au moins similaires entre les créateurs. »

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Pourquoi aimez-vous la mode ? Quel sens a-t-elle pour vous, celle d’hier, d’aujourd’hui ?
Je me suis souvent posé la question du pourquoi je l'aime mais je n'arrive pas vraiment à y répondre, je pense que c'est une sorte de rencontre, soit on rentre dedans soit on ne rentre pas, cela m'a fait la même chose quelques années plus tard avec le cinéma et de la même manière je ne sais pas l'expliquer, peut-être que c'est mieux de ne pas savoir finalement. Son sens est avant tout pour moi celui de la création, on voit aujourd'hui beaucoup de choses nouvelles proposées mais peu de créateur dont on peut dire qu'ils ont réellement une vision personnelle. Les formes de la mode de 2018 sont nouvelles, mais elles sont au fond plus au moins similaires entre les créateurs.

Quel regard portez-vous sur les expos de mode aujourd’hui ?
Il y en a de très belles comme celles d'Olivier Saillard par exemple mais sinon elles sont bien souvent trop sages et trop figées à mon goût. De plus à part des regards historiques ou monographiques peu de choses y sont tentées, c'est encore un domaine très codifié...

La mode contemporaine vous intéresse-t-elle ? Si oui, qui, quelles maisons et créateurs ?
Pour dire vrai peu de créateurs contemporains m'intéressent vraiment à part Rick Owens, Donnatella Versace (quand on ne lui demande pas de coller aux dernières tendances), Jean-Paul Gaultier (qui bizarrement est maintenant un peu considéré comme un ringard par les jeunes s'intéressant à la mode) et Hussein Chalayan, plus personne ne parle de lui mais ses collections sont toujours aussi intéressantes. Je trouvais également le travail de Raf Simons extraordinaire lorsqu'il était chez Jil Sander puis chez Dior, mais je suis nettement moins intéressé par ce qu'il fait maintenant pour Calvin Klein ou pour sa propre marque.

Les créateurs que vous collectionnez sont-ils aussi ceux que vous portez ?
Non pas du tout, je m'habille de manière plutôt basique ce qui fait beaucoup rire ma famille qui trouve que je n'ai pas le look d'un collectionneur de mode.

Il parait que vous écrivez aussi, quels sont vos thèmes de prédilection ? 
J'avais commencé par écrire sur le cinéma, qui est mon autre passion, mais me dirigeant vers le commissariat d'expositions de mode j'ai eu envie de parler de mode. Mes textes sont donc sur des couturiers et comment ils réussissent à développer (ou pas...) une œuvre réellement personnelle.

En trois mots, que représente la mode pour vous ?
Corps, tissus et art, même si les gens ne sont souvent pas d'accord pour dire si elle en est un ou non;

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Que je puisse faire beaucoup d'autres expos de mode !

 

 

 

 

SCÈNES DE MODE

Jusqu’au 29 juillet

12h > 18h

Ouvert tous les jours (sauf les mardis et le samedi 14 juillet)

En accès libre et gratuit