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LA CITÉ FAIT SON FESTIVAL

par Anne EVEILLARD

Chaque été, la Cité de la Mode et du Design propose un événement pour tous les publics et tous les âges. Cette année, le Festival #ENSEMBLE! met un coup de projecteur sur les enjeux et le dé du « (bon) vivre ensemble », à l’heure du tout connecté et de la mondialisation en accéléré. Sur quelques 3000 m2 d’espaces intérieurs et extérieurs, en bordure de Seine, projets et installations montrent, voire démontrent, que participatif et collectif ont du sens et de la pertinence. Même les visiteurs sont conviés à mettre leur touche personnelle pour aider à la concrétisation de certaines performances, dont le chantier d’une bibliothèque ou encore d’un espace de jeux pour les enfants. Mais « vivre ensemble », c’est aussi danser, se détendre, jouer, lire ou chanter, jusqu’à l’initiation au soundpainting, mené par le collectif Brouhaha, avec une performance qui clôturera le festival le dimanche 27 août. Seule l’installation végétale « Surfaces Comestibles » restera au-delà de cette date, avec des vidéos projetées sur des champignons prêts à être cueillis. La nature servira alors d’écran géant durant la PARIS DESIGN WEEK, du 8 au 16 septembre : une approche du 7e art en version très originale. 

LINA TORNARE AUX GOÛTS DU JOUR 

« Je suis une femme de presque 60 ans, grand-mère de quatre petits-enfants. » C’est comme ça que Lina Tornare se présente: en mettant en avant sa vie de famille. Une famille qui a le goût de la cuisine et la culture du produit. « Mon arrière-grand-mère et ma grand-mère étaient italiennes et cantinières pour les enfants. J’ai une lle cuisinière de métier. Quant à moi, j’aime autant cuisiner que passer à table, partager, manger ensemble. » À la tête de l’agence IO, basée à Agde, elle cumule ingénierie culturelle et événements liés au comestible. Ancienne directrice de la Fondation française pour les arts de la table à Roanne, elle s’intéresse à « la dimension sociale de tout ce qui est mangeable ». Une
thématique qu’elle travaille avec des artistes et des designers: « Je raconte une histoire que je leur fais ensuite traduire et incarner. » Attentive aux circuits courts, aux changements climatiques ou encore à l’urbanisme, elle appréhende l’alimentation comme « un espace de liberté ». « Ma génération est issue d’une
culture rock: j’ai eu les cheveux bleus et j’ai été punk pendant six mois! Aujourd’hui, je retrouve ces mouvements alternatifs dans l’alimentation. » Son dernier livre de chevet ? « Le manifeste pour le vin naturel. » 

http://www.linatornare.fr/

PAUL CHANTEREAU BRANCHÉ SUR L’ALTERNATIF 

Il fait partie du collectif d’architectes Bellastock. Et ce, depuis sa création en 2006 dans les locaux de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville où Paul Chantereau était alors étudiant. « Je ne vais pas vous parler de moi, mais de l’association », prévient-il d’emblée. D’ailleurs de lui, on ne
saura rien ou presque, excepté qu’il cohabite avec cinq personnes dans un pavillon à Bobigny, « territoire sur lequel Bellastock intervient ». Parce que Bellastock conçoit, voire construit des projets en s’appuyant sur des acteurs locaux, qui vont des collectivités aux promoteurs, en passant par les habitants
d’un quartier. « On occupe des friches, on récupère des terrains vagues, et toutes les compétences réunies par notre association vont permettre de proposer une pratique alternative des métiers de la construction et de l’aménagement du territoire, tout en formant une nouvelle génération d’architectes. » Paul Chantereau parle échange de savoir, transmission, expérimentation. Le tout débouche sur une expertise que Bellastock propose à des clients et partage avec des étudiants en écoles d’archi, de design, d’arts appliqués, d’ingénieurs... « Un réseau national de collectifs comme le nôtre est en train de se constituer », souligne-t-il. Une dynamique qui trouve aussi un écho en Europe : des liens sont déjà établis entre Paris et Berlin. 

http://www.bellastock.com/

LAMYNE M. HOMME DU MONDE ET ÂME DE MODE 

« Mes vêtements sont rangés dans des valises.Je suis toujours prêt à partir. » Lamyne M. est un nomade. Né au Cameroun en 1977, il a déjà sillonné la terre entière. Par envie d’apprendre pour mieux comprendre ce et ceux qui l’entourent. En Afrique, il travaille dans le tourisme dès l’âge de 16 ans. Autodidacte, il se focalise sur « le terrain et l’humain ». C’est comme ça qu’une fois en France, à l’orée des années 2000, un ami couturier l’initie  aux matières et à la confection. Observateur hors pair, Lamyne M. découvre la logique d’un ourlet, d’un empiècement, juste en regardant faire. Il démarre par des pantalons. Puis, il va créer ses vêtements en les customisant. Lorsqu’il perd son job dans le tourisme, il se lance dans la mode. Un univers qu’il sait « féroce et compliqué ». À moins de sortir des sentiers battus. Ce qu’il fait: pour son premier dé lé au Maroc, ses mannequins ne sont que des personnes trisomiques... Ses partis pris l’éloignent des stars, strass et front row: « À part Agnès B, pas sûr que l’on me connaisse dans la mode ». Pourtant, la mairie de Saint-Denis, ville où il vit depuis dix ans, lui a mis à disposition un atelier pour partager son savoir et sensibiliser les dyonisiennes au recyclage. Une façon de transmettre une autre idée de la création. 

http://lamyne-m.com/

GERMAIN BOURRÉ DESIGNER DU VIVANT 

À 8 ans, il voit Chenonceau et c’est le déclic : il veut dessiner « des maisons sur l’eau ». Né à Blois, Germain Bourré dit avoir « un pied dans la Loire et l’autre dans la Renaissance ». Son bac scienti que en poche, il intègre l’École supérieure d’art et de design (ESAD) de Reims et sa section design, où il croise la route de Marc Brétillot, Stéphane Bureaux... Avec eux, il s’initie au design culinaire. Suivront cinq années aux côtés du designer Jean-Marie Massaud, avant de créer son propre atelier à Paris, en 2005. Si dessin et dessein le questionnent, « le traitement du vivant » l’inspire. Il se passionne autant pour  le culinaire que pour le végétal: « Travailler les racines me permet de fouiller le sens profond d’une matière. » Aujourd’hui, à 40 ans, avec la complicité notamment de Virginie Guitard, designer et cuisinière passée par Masterchef, il accompagne aussi bien une marque agro-alimentaire qu’un chef étoilé ou un agriculteur. Il aime poser un regard et apposer la méthodologie du design sur la nourriture, comme il se complaît à « ramener de la biodiversité dans une ville ». Un savoir et un savoir-faire qu’il transmet, à son tour, à l’ESAD. 

http://germainbourre.com/